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Droit et TAL19 août 2026 · 9 min

Augmentation de loyer au Québec : les règles essentielles à connaître

An interracial couple meets with a real estate agent to inquire about a house for rent.
Photo : Photo par Ivan S sur Pexels

Au Québec, les augmentations de loyer ne sont pas laissées au bon vouloir du propriétaire : elles obéissent à des règles précises encadrées par la Loi sur la Régie du logement. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, une réforme majeure simplifie le calcul en remplaçant 13 critères complexes par 4 variables clairement définies. Cet article vous explique comment ça fonctionne, vos droits en tant que locataire, et ce que les propriétaires peuvent justifier.

Le grand changement de 2026

Pendant des décennies, le calcul de l'augmentation de loyer reposait sur 13 critères différents : inflation, taxes foncières, assurances, travaux, mais aussi critères comme la situation de l'immeuble, son âge ou la zone géographique. Cette complexité créait des litiges constants.

Depuis 2026, tout change. Le Gouvernement du Québec a adopté une nouvelle approche basée sur quatre composantes seulement, beaucoup plus prévisible et transparente. L'objectif : réduire les disputes au Tribunal administratif du logement (TAL) et permettre aux propriétaires et locataires de mieux anticiper les hausses.

Les quatre composantes du nouveau calcul

1. L'indice des prix à la consommation (IPC)

C'est la base du calcul. On prend la moyenne de l'IPC des trois années précédentes pour obtenir la variation du coût de la vie. Pour 2026, le taux de référence proposé était de 3,1 %, mais ce chiffre fluctue selon l'inflation réelle.

L'IPC capture l'augmentation générale des coûts : aliments, énergie, services. C'est un indice objectif, public, calculé par Statistique Canada.

2. L'augmentation des taxes foncières et scolaires

Si les taxes municipales et scolaires que le propriétaire paie ont augmenté, il peut répercuter cette hausse partiellement sur le loyer. Mais attention : seule la portion directement liée à l'immeuble compte, pas une augmentation générale du secteur.

Le propriétaire doit justifier l'augmentation par les documents officiels de la ville. C'est une des composantes les plus faciles à vérifier.

3. L'augmentation des assurances

Les primes d'assurance habitation augmentent souvent plus vite que l'inflation. La nouvelle formule permet au propriétaire de répercuter ces hausses, à condition de les documenter.

Comme pour les taxes, il faut pouvoir prouver l'augmentation réelle de sa prime.

4. Les dépenses d'immobilisation (travaux majeurs)

C'est la composante la plus contestée. Les dépenses d'immobilisation désignent les gros travaux qui augmentent la durée de vie ou la valeur de l'immeuble : remplacement de toiture, fondations, nouvelle électricité, chauffage efficace, isolation énergétique.

Le propriétaire ne peut pas répercuter 100 % du coût d'un an. À la place, la loi limite cette part à 5 % maximum de l'augmentation totale du loyer. De plus, le coût des travaux s'amortit généralement sur 15 à 20 ans selon la nature des travaux et leur durée de vie utile.

Exemple : une toiture à 30 000 $ sur un immeuble de 10 logements coûte 3 000 $ par unité. Amortie sur 20 ans, c'est 150 $ par année par logement, soit environ 0,50 $ par mois en augmentation.

Le taux de référence 2026 : 3,1 %, mais ce n'est pas un plafond

Le taux de 3,1 % annoncé pour 2026 n'est qu'une référence, pas un plafond obligatoire. C'est un taux que le TAL accepte facilement, sans preuve additionnelle de la part du propriétaire.

Si un propriétaire augmente de 3,1 % seulement, basé sur l'IPC, aucun locataire ne peut le contester au TAL : c'est considéré comme équitable d'office.

Mais un propriétaire peut demander une augmentation supérieure à 3,1 % s'il peut prouver une hausse réelle des taxes, assurances ou travaux majeurs. Dans ce cas, c'est au propriétaire de fournir les pièces justificatives au TAL.

Les droits du locataire face à une augmentation

Délais d'avis et de réponse

Le propriétaire doit notifier une augmentation de loyer avec un préavis de 3 à 6 mois avant la fin du bail. Pas d'augmentation surprise en cours de bail.

Une fois avisé, le locataire a environ un mois pour répondre. Il a trois choix.

Les trois réactions possibles

Accepter l'augmentation : simple, le nouveau loyer s'applique au renouvellement du bail.

Refuser l'augmentation : le locataire refuse par écrit. Si le propriétaire juge que le refus est injustifié, il peut saisir le TAL pour obtenir l'approbation de sa hausse. C'est au propriétaire de prouver que l'augmentation respecte les règles.

Quitter les lieux : le locataire ne veut pas payer plus. Il avise le propriétaire et déménage à la fin du bail. C'est toujours son droit, sauf s'il habite un immeuble neuf (moins de 5 ans), un logement en coopérative ou une résidence privée pour aînés. Dans ces cas exceptionnels, le locataire peut contester une augmentation même s'il refuse de payer, et le TAL peut ordonner une baisse.

Quand un locataire peut vraiment contester

Un locataire confronté à une augmentation de loyer n'a pas besoin de contester au TAL pour exercer son droit de refus. Il peut simplement refuser, et c'est au propriétaire de demander au tribunal si l'augmentation est justifiée.

Cependant, dans trois situations précises, le locataire peut lui-même saisir le TAL :

L'immeuble a moins de 5 ans : l'augmentation est interdite sauf en cas de travaux majeurs exceptionnels.

C'est un logement en coopérative : les règles sont un peu différentes, moins favorables aux augmentations.

C'est une résidence privée pour aînés (RPA) : une protection renforcée s'applique.

Les travaux majeurs : comment ça marche vraiment

Les propriétaires citent souvent « travaux majeurs » pour justifier une grosse augmentation. Soyons clairs : pas tous les travaux ne comptent.

Travaux qui justifient une augmentation

Remplacement de toiture, revêtement ou structures porteuses.

Fondations : réparation majeure ou imperméabilisation.

Système de chauffage ou climatisation : remplacement complet.

Electricité : mise aux normes ou installation neuve.

Plomberie : remplacement complet ou modernisation importante.

Isotation, fenêtres : si c'est pour améliorer l'efficacité énergétique globale.

Travaux qui ne justifient PAS d'augmentation

Peinture, cosmétiques ou rénovation esthétique.

Remplacement de portes ou serrures (maintenance classique).

Réparations et entretien courant.

Ces travaux relèvent de l'obligation d'entretien du propriétaire et ne donnent pas droit à augmentation.

Comment contester une augmentation excessive

Si vous pensez qu'une augmentation propose est injustifiée ou exagérée, voici la marche à suivre.

Refuser par écrit

Répondez au propriétaire par écrit : « Je refuse l'augmentation de loyer proposée ». Gardez une copie.

Attendre le TAL

C'est au propriétaire d'agir. S'il croit vraiment en sa demande, il saisit le Tribunal administratif du logement. Vous recevrez une mise en demeure ou une convocation.

Préparer votre dossier

Gathérez des preuves que l'augmentation n'est pas justifiée : comparaison avec d'autres loyers du secteur, absence de documents justificatifs du propriétaire, erreurs de calcul. Utilisez l'outil officiel de calcul du TAL pour vérifier si la hausse respecte la formule.

Utiliser l'outil du TAL

Le Tribunal administratif du logement propose un outil en ligne gratuit pour calculer une augmentation équitable. Propriétaires et locataires peuvent l'utiliser pour négocier ou vérifier les chiffres.

Cas particuliers et exceptions

Immeubles neufs ou rénovés (moins de 5 ans)

Dans un immeuble complété depuis moins de 5 ans, un propriétaire ne peut augmenter le loyer que si des travaux majeurs supplémentaires ont été faits après la location initiale. Exemple : vous louez un nouveau 4 pièces en 2024. En 2025, le propriétaire ne peut pas augmenter simplement basé sur l'inflation. C'est une protection pour les locataires de neuf.

Coopératives d'habitation

Les coopératives fonctionnent différemment. Les « augmentations » ne sont pas des augmentations de loyer au sens strict : c'est une part des frais d'exploitation. Les règles sont moins favorables aux résidents, car il n'y a pas de droits de refus équivalents.

Résidences privées pour aînés (RPA)

Les aînés en RPA bénéficient d'une protection accrue. Une augmentation de plus de 3 % requiert une justification renforcée et peut être contestée plus facilement. C'est une population vulnérable, d'où cette protection.

Habitations à loyer modique (HLM)

Les HLM suivent des règles particulières définies par les organismes propriétaires et les programmes de financement. Généralement plus favorables aux locataires que le marché privé.

Quelques chiffres pour comprendre l'évolution

Les augmentations de loyer au Québec ont suivi l'inflation de près ces dernières années. En 2023, le taux de référence était d'environ 2,6 %. En 2024, autour de 2,3 %. En 2025, environ 2,5 %. Et 2026 marque un saut à 3,1 % en raison des pics d'inflation 2021-2023.

Cette variabilité montre pourquoi la réforme 2026 était nécessaire : elle rend l'augmentation plus prévisible et moins littigieuse.

Points clés à retenir

Augmenter un loyer au Québec n'est jamais gratuit. Les quatre composantes (IPC, taxes, assurances, travaux) sont les seules justifications légales.

Le taux de référence 2026 de 3,1 % ne s'applique automatiquement que si c'est la seule hausse envisagée. Tout ce qui dépasse nécessite preuve.

Refuser une augmentation est votre droit. Le propriétaire doit aller au TAL pour la faire valider.

L'outil officiel du TAL est gratuit et fiable. L'utiliser pendant une négociation évite les mauvaises surprises.

Les travaux majeurs doivent être documentés et amortis sur leur durée de vie utile, jamais sur un an seul.

En cas de doute ou de dispute, le TAL est votre recours. Il est gratuit pour les locataires et basé sur des règles claires.

FAQ

Peut-on augmenter un loyer de plus de 3,1 % en 2026 ?

Oui, mais uniquement si vous pouvez justifier une hausse réelle au-delà de l'inflation : augmentation des taxes, assurances ou travaux majeurs documentés. C'est au propriétaire de prouver auprès du TAL que cette augmentation supplémentaire est fondée. Sans justification, le taux de référence de 3,1 % est considéré comme équitable.

Quels délais le propriétaire doit-il respecter pour notifier une augmentation ?

Le propriétaire doit envoyer un avis d'augmentation entre 3 et 6 mois avant la fin du bail. Moins de 3 mois, c'est nul. Plus de 6 mois, c'est aussi nul. Le locataire a ensuite environ 1 mois pour répondre : accepter, refuser ou quitter.

Si je refuse l'augmentation, dois-je absolument quitter mon logement ?

Pas nécessairement. Si vous refusez, le propriétaire doit saisir le TAL pour valider sa demande. C'est à lui d'agir, pas à vous. Vous pouvez rester et attendre la décision du tribunal. Exception : en immeuble neuf (moins de 5 ans), coopérative ou RPA, vous pouvez contester vous-même au TAL sans être obligé de déménager.

Comment calculer si une augmentation pour travaux majeurs est raisonnable ?

Les travaux majeurs (toiture, électricité, chauffage, fondations) s'amortissent sur 15 à 20 ans selon leur durée de vie utile, jamais sur un an. Exemple : 30 000 $ de toiture sur 20 ans = 1 500 $ par an, ou environ 4 $ par mois si c'est un 10 logements. L'outil gratuit du TAL aide à vérifier le calcul.

Quels travaux ne justifient pas une augmentation de loyer ?

Peinture, cosmétiques, serrures, portes, entretien courant. Ce sont des obligations du propriétaire. Seuls les travaux majeurs qui augmentent la durée de vie ou la valeur globale de l'immeuble (structure, systèmes essentiels, efficacité énergétique) peuvent justifier une augmentation.

Existe-t-il vraiment un outil gratuit pour calculer l'augmentation équitable ?

Oui, le Tribunal administratif du logement offre un outil de calcul gratuit en ligne. Il intègre les quatre composantes (IPC, taxes, assurances, travaux) et la formule officielle. Propriétaires et locataires peuvent l'utiliser pour vérifier si une proposition respecte les règles.

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