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Gestion locative16 septembre 2026 · 10 min

Procédure d'expulsion pour non-paiement de loyer à Montréal : les étapes légales

Detailed view of a hand writing a signature on an official document with a ballpoint pen.
Photo : Photo par Tima Miroshnichenko sur Pexels

Qu'est-ce qui déclenche une expulsion pour non-paiement ?

Un propriétaire ne peut pas simplement changer les serrures ou expulser un locataire dès que le loyer est en retard. La loi est stricte : seul le Tribunal administratif du logement (TAL) peut autoriser une expulsion, et seulement selon des motifs précis. Pour le non-paiement, il existe deux situations distinctes.

Le retard de 21 jours consécutifs

Si un locataire ne paie pas son loyer pendant 21 jours consécutifs (trois semaines complètes), cela devient un motif valide de résiliation du bail et d'expulsion. Ce délai est calculé à partir du jour où le loyer était dû, pas du jour où vous le réclaimez. Il faut respecter ce seuil : un retard de 20 jours ne suffit pas légalement.

Le propriétaire doit toutefois adresser un avis écrit au locataire avant de saisir le tribunal. Bien que cet avis ne soit pas obligatoire sur le plan procédural, il est vivement recommandé pour documenter vos efforts de résolution et renforcer votre dossier. Cette étape humanitaire montre aussi que vous donnez la chance au locataire de rattraper son retard.

Les retards fréquents malgré des paiements partiels

Si un locataire paie son loyer de manière chronique en retard (exemple : loyer dû le 1er du mois, mais toujours payé le 15), vous pouvez aussi demander l'expulsion. Il suffit de prouver que ces impayés récurrents vous causent un préjudice sérieux. Ce peut être des frais bancaires supplémentaires, une hypothèque que vous ne pouvez pas payer à temps, ou d'autres impacts financiers documentés.

Ce motif nécessite une accumulation de preuves écrites. Une seule paiement en retard ne suffira pas ; il faut établir un patron.

Comment s'amorce la procédure au TAL

L'avis écrit au locataire

Avant de déposer une demande au Tribunal administratif du logement, envoyez un avis au locataire. Cette lettre doit être claire : elle indique que le loyer n'a pas été payé, le montant exact, et lui donne un délai raisonnable pour régulariser la situation (généralement 5 à 7 jours). Vous pouvez la remettre en main propre, par courrier recommandé, ou affichée à la porte du logement.

Cet avis n'annule pas vos droits légaux, mais il démontre votre bonne foi et offre au locataire une dernière occasion de payer avant une action judiciaire.

Le dépôt de la demande d'expulsion au TAL

Après les 21 jours d'impayé (ou après avoir documenté les retards fréquents), vous remplissez le formulaire officiel auprès du TAL. Le formulaire spécifique pour une expulsion due au non-paiement porte généralement le numéro 8 ou est intitulé « Demande d'expulsion du locataire après la fin du bail ».

Vous devez y indiquer :

  • Votre identité et coordonnées
  • Les détails du locataire et de l'adresse du logement
  • Le montant du loyer mensuel
  • La date exacte du début du retard
  • Une explication claire du motif (21 jours sans paiement, ou retards fréquents)
  • Les documents justificatifs (bail signé, reçus, relevés bancaires, avis précédents)

Les frais de dépôt varient selon le montant du loyer en dispute : entre 83 $ et 259 $ en général. Cette somme peut être réclamée au locataire en cas de jugement en votre faveur.

Qui traite votre dossier ?

Un commissaire du TAL examinera votre demande et celle du locataire (qui aura reçu une copie et aura droit à une audience). Le commissaire vérifiera que les délais légaux ont été respectés, que votre avis était fondé, et que vous avez donné une chance raisonnable au locataire de régulariser.

La défense du locataire et l'audience

Le droit du locataire de payer avant jugement

Le locataire a un droit fondamental : s'il paie l'intégralité du loyer impayé plus les intérêts et frais avant le jugement du commissaire, la procédure s'arrête net. Le tribunal rejette ou suspend la demande d'expulsion. C'est un point crucial qui ralentit souvent les procédures, car les locataires qui trouvent un arrangment ou des ressources peuvent éviter l'expulsion au dernier moment.

L'audience devant le commissaire

Le TAL convoque les deux parties à une audience. Vous pouvez vous présenter seul ou avec un représentant légal. Le locataire peut prétendre qu'il a un arrangement avec vous, qu'il a payé (et montrer la preuve), ou qu'il y a des problèmes d'habitabilité du logement qui justifient une compensation ou un arrêt de la procédure.

Le commissaire écoutera les deux côtés, examinera les documents, et rendra une décision écrite. Si vous gagnez, il émettra un jugement d'expulsion.

Les cas où le commissaire peut refuser l'expulsion

Même avec 21 jours d'impayé documentés, le tribunal peut refuser ou reporter l'expulsion si :

  • Le locataire offre un plan de paiement crédible et le tribunal le juge équitable
  • Le locataire souffre de difficultés économiques graves (perte d'emploi documentée, maladie)
  • Le propriétaire a commis une mauvaise foi (exemple : ne pas avoir entretenu le logement, chercher à expulser pour rénovation déguisée)
  • Le locataire était déjà protégé par un moratoire temporaire (certains périodes d'hiver, contextes de crise)

Le tribunal peut aussi imposer des délais de grâce ou demander des versements gradués au lieu de l'expulsion immédiate.

Les délais réels de la procédure

Bien que 21 jours suffisent légalement pour saisir le TAL, le processus complet prend plus longtemps.

Du premier impayé à l'expulsion effective : généralement 2 à 4 mois.

Le délai varie selon la rapidité du TAL (très chargé à Montréal), la date de l'audience, la réaction du locataire, et les délais d'exécution une fois le jugement rendu. Ne comptez pas sur une expulsion en 3 semaines ; planifiez sur 8 à 12 semaines de moyenne.

Pendant ce temps, le locataire continue théoriquement à occuper le logement, même s'il ne paie pas. Vous pouvez documenter chaque mois de perte de loyer pour éventuellement réclamer des dommages.

Qui exécute l'expulsion physique ?

L'huissier, seul autorisé

Une fois le jugement rendu en votre faveur, vous ne pouvez pas entrer dans le logement et expulser le locataire vous-même. Seul un huissier (officier de justice) est autorisé à exécuter l'expulsion. L'huissier se présente au logement avec le jugement original, demande au locataire de partir, et si celui-ci refuse, procède au délogement physique en respectant les règles d'humanité.

Vous devez payer les frais d'huissier (généralement 300 $ à 600 $ selon le cas), et ces frais peuvent être réclamés au locataire après expulsion.

Ce que vous n'avez absolument pas le droit de faire

Il est tentant d'accélérer les choses, mais cela vous expose à des poursuites civiles graves :

  • Changer les serrures ou barricader l'entrée
  • Couper l'électricité, l'eau ou le chauffage
  • Retirer les effets personnels du locataire
  • Laisser entrer des tiers dans le logement sans avis
  • Harceler ou menacer le locataire

Chacune de ces actions viole le code civil et la Charte des droits et libertés. Le locataire pourrait vous poursuivre en dommages-intérêts, et vous perdriez toute crédibilité devant le tribunal.

Les responsabilités après l'expulsion

La perte de loyer demeure votre responsabilité légale

Après l'expulsion, vous êtes responsable de relooker le logement au plus vite. Chaque mois que l'unité reste vide, vous perdez des revenus. Contrairement à une idée reçue, le locataire expulsé ne vous paie pas automatiquement les mois manqués juste parce que le tribunal a jugé en votre faveur.

Vous devez poursuivre le locataire en recouvrement de créance devant la Cour du Québec si vous souhaitez récupérer ce montant. Cette deuxième action judiciaire coûte des frais supplémentaires (environ 200 $ à 400 $) et prend du temps. Beaucoup de propriétaires ne la font jamais, car le locataire expulsé n'a souvent pas les moyens de payer.

État du logement et sécurité

Avant de relooer, vérifiez l'état du logement. Si le locataire a endommagé les lieux ou laissé le logement très sale, photographiez tout. Vous avez le droit de réclamer les frais de réparation au locataire dans votre recouvrement de créance, à condition de fournir des devis ou factures.

Les ressources et recours d'aide pour le locataire

Bien que vous soyez propriétaire, comprendre les ressources disponibles au locataire peut accélérer une résolution amiable.

L'aide juridique gratuite

Les locataires à faible revenu peuvent obtenir une représentation juridique gratuite auprès du Bureau d'aide juridique du Québec. Certains avocats offrent aussi des consultations pro bono via des organismes communautaires. Si le locataire a accès à un avocat, il sera mieux préparé à l'audience et pourra négocier de meilleures conditions.

Les comités logement

Les comités logement régionaux offrent du soutien, de l'information et parfois de la médiation aux locataires en difficulté. Un locataire accompagné d'un organisme communautaire réputé a plus de crédibilité auprès du commissaire et peut proposer des plans de paiement plus convaincants.

La médiation avant la procédure

Si vous souhaitez éviter les frais judiciaires, vous pouvez proposer une médiation informelle au locataire : un tiers neutre (parfois fourni par un organisme) facilite la conversation entre vous deux pour trouver un arrangement (plan de paiement, réduction temporaire, etc.). Cela vaut souvent mieux qu'une procédure coûteuse et longue.

Chiffres-clés à retenir

  • 21 jours : délai minimum de retard pour engager une expulsion
  • 83 $ à 259 $ : frais de dépôt au TAL selon le montant en dispute
  • 2 à 4 mois : durée moyenne de la procédure du dépôt à l'expulsion effective
  • 300 $ à 600 $ : frais d'huissier pour exécuter l'expulsion
  • Zéro : le nombre de jours où vous pouvez agir sans passer par le TAL ou un huissier (procédure obligatoire)

Une expulsion n'est jamais agréable, mais la suivre légalement protège vos droits et vos revenus.

FAQ

Combien de jours de retard de loyer avant de pouvoir expulser un locataire ?

Le seuil légal est de 21 jours consécutifs de retard. Cela signifie que si le loyer est dû le 1er du mois et que le locataire n'a pas payé avant le 22 du même mois, vous pouvez alors déposer une demande d'expulsion au Tribunal administratif du logement. Attention : ce délai se calcule à partir de la date d'échéance du loyer, non de la date où vous commencez à réclamer.

Puis-je changer les serrures ou couper le chauffage pour forcer un locataire à partir ?

Non, c'est interdit et vous expose à des poursuites civiles graves. Seul un huissier peut exécuter une expulsion, et seulement après un jugement du TAL. Changer les serrures, couper les services ou bloquer l'accès au logement viole le code civil et la Charte des droits et libertés. Le locataire pourrait vous poursuivre en dommages-intérêts et le tribunal annulerait votre avantage juridique.

Est-ce que le locataire peut arrêter la procédure en payant son loyer avant le jugement ?

Oui, absolument. Si le locataire paie l'intégralité de son loyer impayé, plus les intérêts et frais de dépôt au TAL, avant le jugement du commissaire, votre demande d'expulsion s'arrête. Le tribunal rejette ou suspend la procédure. C'est un droit fondamental du locataire qui explique pourquoi certaines procédures prennent du temps : le locataire peut encore régulariser sa situation à la dernière minute.

Qui exécute l'expulsion physique et combien ça coûte ?

Seul un huissier (officier de justice) peut exécuter l'expulsion, une fois le jugement du TAL en votre faveur. Les frais d'huissier varient habituellement entre 300 $ et 600 $. Ces frais vous incombent initialement, mais vous pouvez tenter de les réclamer au locataire par la suite via un recouvrement de créance. Vous n'avez jamais le droit d'expulser vous-même ou d'engager quelqu'un d'autre pour le faire.

Quel formulaire dois-je remplir au TAL pour demander une expulsion pour non-paiement ?

Le formulaire spécifique pour une expulsion due au non-paiement du loyer est généralement le formulaire 8, intitulé 'Demande d'expulsion du locataire après la fin du bail' ou un formulaire similaire selon la version actuelle du TAL. Vous le trouvez sur le site officiel tal.gouv.qc.ca. Il demande vos coordonnées, celles du locataire, le montant du loyer, la date exacte du retard, et requiert des pièces justificatives comme le bail signé et les preuves du non-paiement.

Combien de temps faut-il vraiment pour expulser un locataire à Montréal ?

De la première journée d'impayé à l'expulsion physique, comptez entre 2 et 4 mois en général. Le délai minimum légal est de 21 jours avant de pouvoir déposer au TAL, mais ensuite interviennent les délais d'audience du tribunal (souvent saturé à Montréal), la défense du locataire, le délai du jugement, et l'intervention de l'huissier. Ne prévoyez pas une expulsion rapide ; organisez-vous financièrement pour absorber cette perte de loyer pendant 2 à 4 mois.

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