Localys
Articles
Investir à Montréal depuis l'étranger4 août 2026 · 12 min

Investir dans l'immobilier locatif à Montréal depuis la Suisse : guide pratique

Contemporary urban architecture under a bright blue sky with clouds.
Photo : Photo par Engin Akyurt sur Pexels

Oui, c'est possible, mais à certaines conditions

Depuis la Suisse, vous pouvez acheter un immeuble d'habitation à Montréal et le mettre en location, même sans être résident canadien. Plusieurs investisseurs suisses le font déjà. Cependant, trois obstacles majeurs vous attendent : obtenir un financement, naviguer la fiscalité fédérale et provinciale, et gérer le bien à distance. Cet article couvre les points clés pour transformer cette ambition en réalité.

Qui peut acheter et qui est bloqué

Depuis janvier 2023, une restriction fédérale empêche les non-citoyens canadiens d'acheter des résidences (maisons, condos, duplex). Cette règle s'étend jusqu'au 1er janvier 2027, sauf allègements. Bonne nouvelle : les immeubles à appartements multiples (4 unités ou plus) et les bâtiments commerciaux mixtes demeurent accessibles.

En tant que Suisse, vous pouvez donc acquérir un quadruplex, un immeuble de 5 logements ou un bâtiment contenant des bureaux et des appartements. Les petits immeubles (duplex, triplex) vous restent fermés, à moins de devenir résident permanent ou citoyen.

Financer votre achat depuis l'étranger

Les banques acceptent les non-résidents

Les grandes banques canadiennes (RBC, TD, BMO, CIBC) offrent des hypothèques aux non-résidents, mais avec des exigences strictes. Attendez-vous à un apport personnel plus élevé, typiquement 20 % à 25 % du prix d'achat, contre 15 % à 20 % pour un résident.

Vous devrez aussi fournir plusieurs documents : relevés bancaires suisses, preuve d'emploi ou de revenus, déclarations d'impôt récentes (en français ou traduits légalement), et souvent un dossier de crédit établi au Canada. Cela prend 2 à 3 mois.

Taux et conditions

Les taux hypothécaires offerts aux non-résidents sont généralement 0,25 % à 0,75 % plus élevés qu'aux résidents canadiens. Vous aurez aussi des frais supplémentaires : frais d'établissement du dossier (500 à 1500 CAD), frais d'inspection (300 à 500 CAD), et frais juridiques pour l'enregistrement du titre (1000 à 2000 CAD).

Les amortissements standards vont de 15 à 25 ans. Une amortissement plus court réduit les intérêts, mais augmente les versements mensuels.

Fonds propres : une option courante

Si vous préférez éviter les frais d'emprunt ou l'endettement à long terme, financer 100 % en fonds suisses est possible. Vous versez le prix d'achat directement via un virement international. Attention au risque de change CHF/CAD : une dépréciation du franc suisse réduira votre pouvoir d'achat en dollars canadiens, tandis qu'une appréciation gonflera vos frais de clôture et d'acquisition.

Fiscalité : la partie délicate

Au Québec : déclarer vos revenus locatifs

Les revenus locatifs sont imposables au Québec, peu importe où vous vivez. Chaque année, vous devez déclarer l'ensemble du loyer reçu auprès de Revenu Québec via le formulaire TP-1097. Vous pouvez déduire les dépenses admissibles : hypothèque (intérêts uniquement, pas le capital), taxes foncières, assurances, entretien, gestion locative, services publics si vous les payez.

Le taux marginal d'imposition au Québec varie de 20 % à 25,75 % selon votre revenu total déclaré. Attendez-vous à remettre 20 à 30 % de votre rendement net à l'État québécois.

Au fédéral : retenue d'impôt et déclaration

L'Agence du revenu du Canada (ARC) soumet les non-résidents à une retenue d'impôt de 25 % sur les revenus locatifs. C'est automatique : votre gestionnaire immobilier ou vous-même remettez ce pourcentage directement à l'ARC.

Cependant, il existe des exceptions et des réductions via l'accord fiscal Canada-Suisse. Je vous recommande fortement de consulter un fiscaliste spécialisé en immobilier pour non-résidents : les avantages peuvent être significatifs et les formulaires (NR4, NR6, T2062) complexes.

Déclaration en Suisse

Vous restez assujetti à l'impôt sur le revenu en Suisse pour vos revenus mondiaux. Les dividendes et revenus locatifs du Canada doivent être déclarés à votre canton et au fédéral suisse. Bonne nouvelle : des crédits pour impôts étrangers peuvent réduire la double imposition, mais encore une fois, l'aide d'un fiscaliste bilingue CHF/CAD est primordiale.

Choisir le bon quartier : Rendement vs qualité

Plateau-Mont-Royal : classique, stabilité

C'est un quartier prisé depuis 15 ans. Les loyers sont élevés (2 000 à 3 000 CAD pour un 2 1/2), mais le rendement brut (loyer annuel ÷ prix d'achat) plafonne à 4 %. La demande de locataires reste forte et les bâtiments se gardent bien. Idéal si vous cherchez la sécurité plutôt que la rentabilité maximale.

Griffintown : rénovation et croissance

Ce quartier du sud-ouest a connu une transformation rapide ces 10 ans. Les immeubles anciens sont rénovés, les loyers montent chaque année. Rendement potentiel de 5 % à 6 %. C'est plus risqué que le Plateau, mais le potentiel d'appréciation est meilleur. Attention : vérifiez bien l'état réel de la structure et la présence de sinistres récents.

Ville-Marie : hub économique

Centre-ville dense, accessible en transports. Les petits studios et 2 1/2 se louent vite auprès des travailleurs. Rendement 4 % à 5 %. Moins convivial en tant qu'investisseur non-résident parce que vous aurez plus de roulement de locataires et de vacances locatives.

Au-delà des 3 grands

Des quartiers comme Rosemont, Hochelaga-Maisonneuve et Ahuntsic offrent de meilleurs rendements (5 % à 7 %), mais avec plus de volatilité et un suivi plus serré requis. Visiter plusieurs fois par an devient quasi-obligatoire pour minimiser les problèmes de gestion.

Procédure d'achat simplifié

Étape 1 : Obtenir un permis d'achat (optionnel, mais recommandé)

Aucune autorisation fédérale n'existe pour les immeubles à 4+ unités. Cependant, certains municiipés demandent une vérification sommaire. Contactez l'arrondissement concerné au Québec.

Étape 2 : Faire une offre d'achat

Vous trouvez la propriété sur Centris.ca (site officiel des annonces immobilières du Québec). L'agent immobilier prépare une promesse d'achat détaillée. En tant qu'étranger, vous pouvez ajouter une condition suspensive : obtention d'une hypothèque auprès d'une banque canadienne (délai : 30 à 45 jours).

Étape 3 : Inspections et due diligence

Vous engagez un inspecteur-conseiller agrégé au Québec (500 à 1 500 CAD) pour vérifier la structure, la plomberie, l'électricité et les systèmes de chauffage. C'est crucial pour les vieux immeubles montréalais. Une inspection de titre juridique chez un notaire (300 à 500 CAD) est aussi standard.

Étape 4 : Finaliser l'hypothèque

Votre banque finalise l'évaluation immobilière et l'assurance-prêt hypothécaire. Cette dernière coûte typiquement 3 % à 4 % du montant emprunté si votre apport est inférieur à 20 %.

Étape 5 : Signature notariale et enregistrement

Le notaire québécois prépare l'acte d'achat. Vous signez devant lui en personne (via Zoom ou vidéo est de plus en plus accepté). Les frais notariés sont environ 1,5 % du prix d'achat. Ensuite, le titre est enregistré au registre foncier du Québec.

Gestion à distance : mode d'emploi

Embaucher une agence de gestion

C'est l'option la plus simple. Une agence gère la location, le recouvrement des loyers, les réparations mineures, la communication avec les locataires, et la remise des documents fiscaux. Coût : 5 % à 8 % du loyer annuel, plus les dépenses engagées (réparations, appels de service, etc.).

Localys et d'autres agences montréalaises offrent ce service aux propriétaires non-résidents. Assurez-vous que l'agence a de l'expérience avec les non-résidents et qu'elle peut vous fournir les documentations fiscales requises (formulaires Revenu Québec et ARC).

Mandataire avec pouvoir notarié

Vous pouvez aussi confier un notaire ou un avocat local pour signer les documents importants à votre place. Moins courant pour la gestion quotidienne, mais utile pour les décisions majeures (augmentation de loyer en vertu de la Loi sur les relations entre locateurs et locataires, évictions, rénovations importantes).

Technologie et suivi

Demandez à votre agence si elle offre un portail en ligne pour consulter les loyers reçus, les dépenses, les états des lieux, et les communications avec les locataires. Un accès régulier réduit les mauvaises surprises.

La Loi sur les relations entre locateurs et locataires

Au Québec, les baux sont très réglementés. Vous ne pouvez pas augmenter les loyers à volonté chaque année. Revenu Québec publie des pourcentages d'augmentation maximale (typiquement 2 % à 3 % selon l'année). Dépasser ce seuil rend l'augmentation contestable devant le Tribunal administratif du logement (TAL).

L'éviction aussi est strictement encadrée. Vous ne pouvez pas expulser un locataire pour reprendre la place ou à cause d'une non-conformité mineure aux clauses du bail. Seuls le non-paiement répété ou des actes graves justifient une expulsion, et elle passe obligatoirement par le TAL.

Durée et renouvellement du bail

Les baux d'habitation au Québec sont minimalement d'un an. À expiration, le bail se reconduit automatiquement si ni vous ni le locataire ne donnez un préavis de 3 à 6 mois (selon la durée restante). Les loyers peuvent être augmentés lors du renouvellement, mais respecter les seuils fixés.

Dépôt de garantie

Il n'existe pas formellement de « dépôt de garantie » au Québec. Vous pouvez demander au locataire un dernier mois de loyer d'avance, mais aucun montant supplémentaire. Cette restriction peut poser un risque si le locataire cause des dégâts : vous devez les poursuivre civiquement, ce qui est long et coûteux à distance.

Assurances obligatoires et recommandées

Assurance du bâtiment

Obligatoire si vous avez une hypothèque. Couvre les risques de feu, vol, vandalisme, et tempête. Coût : 0,5 % à 1 % de la valeur du bâtiment par an. Assurez-vous que la couverture inclut les bâtiments de plus de 100 ans (très courants à Montréal), car les assureurs appliquent des franchises plus élevées.

Responsabilité civile du propriétaire

Couvre les blessures ou dommages causés par défaut d'entretien de votre immeuble (escalier cassé, toit qui fuit et qui cause des dégâts, neige tombée du toit). Recommandée à au moins 2 millions CAD de couverture. Coût : 200 à 500 CAD par an.

Perte de loyers

Si un incendie rend l'immeuble inhabitable, cette assurance couvre vos revenus locatifs perdus pendant la reconstruction. Utile, mais pas obligatoire si vous avez des réserves de trésorerie.

Appréciation et plus-value

Montréal a vu ses prix progresser de 3 % à 4 % par an en moyenne sur 10 ans. Ce n'est pas spectaculaire, mais régulier. Une propriété achetée 500 000 CAD vaudra théoriquement 650 000 à 680 000 CAD après 10 ans.

Si vous vendez à profit, vous serez assujetti à l'impôt sur les gains en capital. Au Canada, 50 % du gain est imposable. En Suisse, il faudra aussi déclarer ce gain. Vous économisez donc impôts si vous gardez longtemps (10+ ans) pour diluer l'impact fiscal annuel.

Compte bancaire et virements depuis la Suisse

La plupart des banques suisses permettent les virements SWIFT vers le Canada sans problème. Attendez-vous à des frais de 20 à 50 CHF par virement et un délai de 3 à 5 jours ouvrables. Ouvrir un compte bancaire canadien en tant que non-résident est possible (même par internet avec certaines banques comme Tangerine), ce qui accélère les dépôts si vous encaissez des loyers au Canada ou si vous devez couvrir des dépenses urgentes.

Résumé des étapes et délais

De la recherche immobilière à la première location, prévoyez 4 à 6 mois. Cela inclut : sélection du bien (1 à 2 mois), négociation et offre (1 semaine), obtention du financement (1 à 2 mois), inspections et due diligence (2 à 3 semaines), signature notariale (1 semaine) et prise de possession. Certaines banques peuvent accélérer, mais ne comptez pas moins de 3 mois.

Une fois l'immeuble en votre possession, trouver les premiers locataires prend 1 à 4 semaines selon la qualité du bien et la saison (été = plus rapide).

Ressources officielles

Pour vérifier les restrictions d'accès non-résidents, consultez le site officiel du gouvernement du Canada. Pour les formulaires fiscaux fédéraux (NR4, NR6), rendez-vous sur le site de l'Agence du revenu du Canada. Pour vos obligations auprès du Québec, Revenu Québec publie des guides sur la déclaration de revenus pour non-résidents. Un notaire québécois peut aussi vous orienter lors de votre achat.

FAQ

Puis-je acheter un duplex ou un triplex à Montréal en tant que non-résident suisse ?

Non, la restriction fédérale depuis 2023 empêche les non-citoyens d'acheter des résidences, dont les duplex et triplex. Seuls les immeubles à 4 unités ou plus, ainsi que les bâtiments commerciaux mixtes, vous restent accessibles. Cette règle s'étend jusqu'au 1er janvier 2027. Vous pouvez cependant acquérir un bien si vous obtenez la résidence permanente ou la citoyenneté canadienne.

Quel apport personnel faut-il pour emprunter à Montréal en tant que non-résident ?

Les banques canadiennes exigent typiquement 20 % à 25 % d'apport personnel pour les non-résidents, contre 15 % à 20 % pour les résidents. Cet apport plus élevé compense le risque supplémentaire perçu par les prêteurs. Vous devrez aussi fournir des relevés bancaires suisses, des preuves de revenus et des déclarations d'impôt traduits légalement.

Combien de temps prend le processus d'achat complet ?

De la sélection du bien à la première location, comptez 4 à 6 mois. Cela inclut la recherche (1 à 2 mois), la négociation et l'offre (1 semaine), l'obtention du financement (1 à 2 mois), les inspections (2 à 3 semaines), la signature notariale (1 semaine) et la location des unités (1 à 4 semaines). Certaines banques peuvent accélérer le processus, mais 3 mois est un minimum réaliste.

Comment dois-je déclarer mes revenus locatifs en Suisse et au Canada ?

Au Québec, vous devez déclarer chaque année auprès de Revenu Québec via le formulaire TP-1097. Au fédéral, l'ARC retient 25 % des revenus à titre de retenue d'impôt, mais des réductions existent via l'accord fiscal Canada-Suisse. En Suisse, vous devez aussi déclarer ces revenus à votre canton et au fédéral. Un fiscaliste spécialisé en immobilier pour non-résidents peut vous économiser des milliers de francs par an.

Quels sont les meilleurs quartiers pour investir en tant que non-résident ?

Plateau-Mont-Royal offre stabilité et forte demande (rendement 4 %), idéal pour le long terme. Griffintown combine rénovation et croissance (5 % à 6 % de rendement potentiel), mais demande plus de suivi. Ville-Marie, au centre-ville, génère 4 % à 5 % mais avec plus de roulement de locataires. Rosemont et Hochelaga-Maisonneuve offrent meilleurs rendements (5 % à 7 %) mais plus de volatilité.

Puis-je gérer mon immeuble complètement à distance depuis la Suisse ?

Oui, en engageant une agence de gestion locative québécoise. Elle gère la location, le recouvrement des loyers, les réparations et les documents fiscaux pour 5 % à 8 % du loyer annuel. Assurez-vous que l'agence a de l'expérience avec les non-résidents et peut fournir les formulaires fiscaux requis. Un portail en ligne pour suivre les revenus et dépenses est recommandé.

Prêt à simplifier la gestion de vos propriétés ?

Discutons de vos besoins et voyons comment Localys peut vous accompagner.

Contactez-nous