Vérifier un locataire au Québec : documents obligatoires et pièges légaux

Pourquoi bien vérifier son locataire ?
Un mauvais choix de locataire coûte cher : loyers impayés, dégâts matériels, frais d'éviction au Tribunal administratif du logement. Les trois mois d'une procédure, plus les réparations, peuvent aisément s'élever à plusieurs milliers de dollars. Une vérification sérieuse au départ prend quelques heures et réduit drastiquement ce risque.
Au Québec, cette vérification doit respecter un cadre légal strict : la Charte des droits et libertés de la personne, la Loi 25 (protection des renseignements personnels), et le Code civil. Dépasser ces limites expose le propriétaire à des plaintes devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, ou à des réclamations en dommages.
Les cinq documents obligatoires à demander
1. Pièce d'identité avec photo
Cartedriver's license, passeport, ou carte d'identité gouvernementale. C'est le point de départ : confirmer que la personne est bien celle qu'elle prétend être.
2. Preuve de revenus (3 derniers mois)
Bulletins de paie ou lettre de l'employeur confirmant le poste, le salaire, et l'ancienneté. Pour les travailleurs autonomes, demandez l'avis de cotisation du gouvernement ou les déclarations d'impôts des deux dernières années.
Le ratio généralement accepté : le loyer ne dépasse pas 30 à 35 % du revenu brut. Un loyer de 1 500 $ suppose donc un revenu minimum mensuel d'environ 4 300 $ à 5 000 $.
3. Références d'anciens propriétaires ou gestionnaires
Contactez les deux ou trois derniers propriétaires pour connaître leur expérience : le locataire a-t-il payé régulièrement ? Y a-t-il eu des plaintes de voisins ? Des dégâts déclarés ?
Si le candidat ne peut pas fournir de références (primo-locataire), demandez des références professionnelles ou personnelles vérifiables qui parlent de sa fiabilité.
4. Consentement écrit à la vérification de crédit
Avant de contacter Equifax ou TransUnion, vous devez obtenir le consentement explicite du candidat par écrit. C'est une exigence de la Loi 25. Sans ce consentement, vous n'avez pas le droit d'accéder à son dossier de crédit.
5. Formulaire de demande de location dûment complété
Utilisez un formulaire standardisé (plusieurs modèles existent en ligne ou par CORPIQ). Le candidat doit déclarer son nom, adresses précédentes, historique d'emploi, et colocataires prévus.
Étapes de la vérification du dossier de location
Étape 1 : Formulaire soumis et pièces jointes
Assurez-vous que tous les champs sont remplis et que les pièces justificatives sont présentes. Les incohérences (écarts entre les dates d'emploi ou les adresses) sont un signal d'alerte.
Étape 2 : Vérification du crédit (24 à 48 heures)
Avec le consentement écrit, consultez le dossier auprès d'Equifax ou TransUnion. Cherchez les comptes en recouvrement, les paiements retardés récents, ou les jugements de recouvrement. Un score de crédit inférieur à 600 pose généralement question, mais ce n'est pas un motif d'exclusion automatique : tenez compte du contexte (une chute temporaire suite à un événement justifié).
Étape 3 : Contact aux références (2 à 5 jours)
Appellez les anciens propriétaires. Les réponses évasives ou négatives sont révélatrices. Une bonne référence confirmera le paiement régulier et le respect du bien.
Étape 4 : Confirmation d'emploi (1 à 3 jours)
Contactez directement le service des ressources humaines ou le superviseur pour vérifier l'emploi actuel, le titre du poste, et la durée prévue (le candidat a-t-il un contrat à temps plein ou un emploi précaire ?).
Étape 5 : Décision (1 à 5 jours)
Si tout concorde, le risque est faible. Informez sans délai le candidat retenu et les candidats refusés.
Ce que vous POUVEZ demander
- Pièce d'identité, bulletins de paie, références de propriétaires
- Vérification de crédit (avec consentement écrit)
- Preuve d'assurance habitation
- Noms et dates de naissance des colocataires prévus
- Confirmation d'un cosignataire si le revenu du candidat est limite
- Historique d'emploi (postes et durées)
- Lettres de recommandation de collègues ou superviseurs
Ce que vous NE POUVEZ PAS demander
Le numéro d'assurance sociale (NAS)
C'est l'erreur la plus courante. Le NAS n'est pas requis pour un contrat de location résidentielle. Demander le NAS expose le propriétaire à un risque de plainte pour dépassement de pouvoir et violation de la Loi 25.
Un dépôt de garantie
Article 1904 du Code civil du Québec : les dépôts de garantie sont interdits au Québec. Vous pouvez accepter un chèque de loyer du mois d'occupation, mais pas une somme supplémentaire « en cas de dégâts ».
Chèques postdatés obligatoires
Vous pouvez les accepter, mais les exiger d'emblée crée une barrière d'accès. Mieux vaut fixer un mode de paiement standard et le faire respecter contractuellement.
Documents médicaux ou psychologiques
Demander un certificat médical ou un diagnostic est une violation claire de la Charte. Sauf si l'accès au logement nécessite réellement une information précise (ex. accessibilité en fauteuil roulant pour un bâtiment sans ascenseur), vous devez abstenir.
Antécédents judiciaires
Interdiction formelle. Seul un casier judiciaire en lien étroit avec la gestion d'un immeuble (ex. agression, vol de services) pourrait théoriquement justifier une enquête, mais cela doit reposer sur des faits vérifiables et rester l'exception.
Photographies du candidat
Vous n'avez besoin que de la pièce d'identité pour vérifier l'identité. Exiger une photo séparée ouvre la porte à la discrimination basée sur l'apparence.
Motifs de refus légitimes
- Historique de loyers impayés (confirmé par les références ou le TAL)
- Score de crédit très faible + comptes en recouvrement actifs
- Références qui refusent ou confirment des non-paiements
- Revenu net insuffisant pour le loyer (ratio > 35 %)
- Incohérences majeures entre le formulaire et les vérifications (fausse information)
- Confirmation d'emploi qui contredit le formulaire (licenciement récent, poste inexistant)
- Conflit avec le colocataire prévue (ex. violation d'une clause de paix conjugale du contrat précédent)
Motifs de refus INTERDITS (discrimination)
Vous ne pouvez pas refuser un candidat en raison de :
- Race, couleur, origine ethnique ou nationale : même si le candidat a un accent ou un nom étranger, c'est discrimination.
- Condition sociale ou source de revenus : refuser un prestataire d'aide sociale, un travailleur autonome ou un candidat en reclassement est illégal, à moins qu'une raison objective (revenu insuffisant) le justifie.
- État de famille ou présence d'enfants : « pas de familles avec enfants » est une interdiction classique du TAL. Illégal.
- Orientation sexuelle ou identité de genre : couverture explicite de la Charte.
- Handicap : refuser un candidat en fauteuil roulant ou malvoyant, sauf si le logement rend l'accès impossible et que des aménagements raisonnables ne peuvent pas être faits.
- Âge : refuser un étudiant ou un aîné par principe est discriminatoire. L'âge ne suffit jamais seul.
- État civil : le statut marié, célibataire, divorcé ou veuf ne peut pas être un motif.
Si vous refusez un candidat pour l'une de ces raisons, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse peut vous condamner à verser des dommages et intérêts, à publier un jugement et même à suivre une formation.
Conformité à la Loi 25 (protection des renseignements personnels)
Consentement préalable
Ant de collecter des données personnelles, informez le candidat : vous collectez quoi, pourquoi, et pour combien de temps. Le consentement doit être explicite et écrit.
Minimisation des données
Ne demandez que ce qui est nécessaire à la sélection. Exiger le NAS, un extrait de casier judiciaire ou un dossier médical viole le principe de minimisation.
Sécurité des données
Stockez les dossiers de manière sécurisée (classeur fermé à clé, espace cloud chiffré). Jamais de feuilles éparses laissées à la vue.
Destruction des données
Délai légal : environ 6 mois après le refus d'un candidat (sauf si une plainte au TAL est pendante). Pour les candidats retenus, conservez le dossier pendant la durée du bail plus 3 ans (délai de prescription des réclamations).
Que faire face à un candidat qui refuse de fournir un document ?
Un candidat peut refuser de remplir le formulaire complet ou de signer un consentement à la vérification de crédit. C'est son droit. Mais cela signifie aussi que vous ne pouvez pas valider ses renseignements. Vous avez alors deux choix :
- Accepter le risque sans vérification
- Refuser le dossier incomplet (ce refus ne peut pas être basé sur la discrimination, mais sur l'absence d'information pertinente)
Documentez bien cette décision au cas où le candidat contesterait.
Cas particuliers : primo-locataires et nouveaux arrivants
Primo-locataires
Ils n'ont pas de références de propriétaires précédents. Acceptez des références professionnelles (superviseur, collègue, client si travailleur autonome) ou personnelles solides. Vérifiez le crédit avec attention. Un score de crédit très faible chez un primo-locataire peut signifier qu'il n'a jamais emprunté, pas qu'il y a un problème. Cherchez plutôt des impayés de factures ou de services (téléphone, électricité).
Immigrés récents ou résidents temporaires
Si l'emploi est en accord de travail temporaire, demandez la confirmation que l'employeur reconnaît cette situation et anticipe une possible interruption. Vérifiez le crédit canadien si disponible. L'absence d'antécédents au Canada ne justifie pas un refus, mais demandez des références étrangères vérifiables (ancien propriétaire dans le pays d'origine, appel vidéo avec un superviseur).
Cosignataires et caution
Si le revenu du candidat est limite mais stable, ou s'il y a une incertitude mineure, un cosignataire peut suffire. Le cosignataire accepte légalement de payer le loyer si le locataire défaille.
Vérifiez le cosignataire avec la même rigueur : pièce d'identité, revenus, crédit. Il doit avoir un revenu net d'au moins 150 % du loyer (ratio plus strict que le locataire principal).
Délai complet du processus de vérification
De la soumission du formulaire à la décision finale, comptez 5 à 15 jours ouvrables selon la réactivité des références et de l'employeur. Communiquez un calendrier clair au candidat. Un silence de plus de 10 jours sans nouvelles crée de la frustration et peut faire perdre de bons candidats.
Faux documents et fraude
Si vous découvrez qu'un candidat a présenté un faux bulletin de paie, une lettre d'employeur contrefaite ou un faux relevé bancaire, documentez-le et refusez immédiatement le dossier.
Dans les cas graves (fraude organisée), vous pouvez porter plainte à la police. Cependant, ce scénario reste rare. Relisez simplement les détails : coordonnées en-tête, logo, format, cohérence des dates et montants.
Résumé de la checklist
- ✓ Formulaire complet signé
- ✓ Pièce d'identité avec photo valide
- ✓ 3 derniers bulletins de paie ou équivalent
- ✓ Références de propriétaires précédents (2 minimum)
- ✓ Consentement écrit à la vérification de crédit
- ✓ Vérification du score de crédit (Equifax/TransUnion)
- ✓ Appels aux références
- ✓ Confirmation d'emploi auprès du HR
- ✓ Ratio loyer/revenu inférieur à 35 %
- ✓ Aucune incohérence majeure entre le dossier écrit et les vérifications
Si les 10 points sont validés et aucun motif de discrimination n'entre en jeu, vous avez une base solide de confiance.
FAQ
Est-ce que je peux exiger le numéro d'assurance sociale (NAS) d'un locataire ?
Non. Le NAS n'est pas requis pour un bail de location résidentielle au Québec. Demander le NAS expose le propriétaire à un risque de plainte pour violation de la Loi 25 (protection des renseignements personnels). Vous pouvez vérifier l'identité avec une pièce d'identité avec photo et confirmer l'emploi auprès de l'employeur sans le NAS.
Puis-je demander un dépôt de garantie ou une caution au locataire ?
Non. L'article 1904 du Code civil du Québec interdit expressément les dépôts de garantie pour un bail résidentiel. Vous ne pouvez pas exiger une somme supplémentaire « en cas de dégâts ». Un chèque de loyer pour le mois d'occupation est acceptable, mais pas une caution séparée.
Ai-je besoin du consentement écrit du candidat avant de vérifier son crédit ?
Oui, absolument. La Loi 25 exige un consentement explicite et écrit avant de consulter le dossier de crédit auprès d'Equifax ou TransUnion. Sans ce consentement, vous commettez une violation de la loi.
Quel score de crédit minimum puis-je exiger ?
Il n'existe pas de seuil légal minimal. Un score inférieur à 600 peut poser question, mais ce n'est pas un motif de refus automatique. Examinez le contexte : les comptes en recouvrement, les paiements retardés récents, et les jugements. Un primo-locataire ou un immigré récent peut avoir un score bas simplement parce qu'il n'a pas d'historique de crédit canadien.
Est-ce que je peux refuser un locataire qui a des enfants ?
Non. Refuser un candidat en raison de sa situation familiale ou de la présence d'enfants est une discrimination formelle interdite par la Charte des droits et libertés. C'est un motif de plainte auprès de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
Combien de temps dois-je conserver le dossier de vérification d'un candidat ?
Pour les candidats refusés, conservez le dossier environ 6 mois. Après ce délai, détruits-le ou anonimisez-le. Pour le candidat retenu, gardez le dossier pendant la durée du bail plus 3 ans (délai de prescription des réclamations). Assurez-vous que les données sont stockées de manière sécurisée.
Que faire si un primo-locataire n'a pas de références de propriétaires antérieurs ?
Acceptez des références professionnelles (superviseur, collègue, client si travailleur autonome) ou personnelles solides qui attestent de sa fiabilité. Vérifiez le crédit avec attention, mais sachez qu'un score faible chez un primo-locataire signifie souvent qu'il n'a jamais emprunté, pas qu'il y a un problème. Cherchez plutôt des impayés de factures ou de services.
