Combien de temps faut-il pour obtenir un jugement d'expulsion du TAL au Québec

La vraie question que tous les propriétaires se posent : de la première mise en demeure jusqu'au jour où le huissier ferme la porte, combien de temps ça prend vraiment ? La réponse est simple : entre 2 et 8 mois selon le motif d'expulsion et la région, mais la majorité des cas se règlent entre 4 et 6 mois. Ce délai varie énormément selon que vous poursuivez pour non-paiement (plus rapide) ou pour d'autres motifs comme les troubles de jouissance ou les dommages (beaucoup plus lent).
Chronologie réaliste d'une expulsion au TAL
Pour bien comprendre les délais, il faut suivre chaque étape. Une expulsion n'est jamais rapide au Québec, même quand tout se déroule sans complications.
La mise en demeure : étape obligatoire
Tout commence par une mise en demeure écrite. Pour le non-paiement de loyer, vous devez attendre au minimum 3 semaines après le défaut avant de servir cette mise en demeure. Vous ne pouvez pas agir plus vite, c'est un délai imposé par la Loi sur les rapports locatifs.
Cette mise en demeure doit être remise en mains propres, envoyée par courrier recommandé ou, selon la situation, affichée à la porte. Elle donne au locataire un délai minimum pour corriger la situation (généralement 10 jours pour les impayés).
Dépôt de la demande au TAL
Si le locataire ne régularise pas sa situation après la mise en demeure, vous préparez votre demande d'expulsion. Le dépôt coûte entre 83 $ et 259 $ selon le type de demande. Vous pouvez le faire en ligne, par courrier ou en personne.
Une fois le dossier reçu par le Tribunal administratif du logement, celui-ci l'examine pour vérifier que la demande est complète et conforme. Cette vérification prend généralement 5 à 10 jours.
Les délais entre le dépôt et l'audience
C'est ici que les choses divergent significativement selon le type de demande.
Non-paiement de loyer : la procédure la plus rapide
Pour le non-paiement, le TAL applique une procédure accélérée. L'audience est généralement fixée entre 20 et 35 jours après le dépôt. Cela signifie que vous comparaissez devant un juge environ 3 à 5 semaines après avoir formellement saisi le tribunal.
C'est la procédure la plus prévisible et la plus rapide. Le TAL traite ces dossiers en priorité parce qu'ils concernent l'accès au logement, un enjeu fondamental.
Autres motifs d'expulsion : procédure ordinaire
Si vous poursuivez pour troubles de jouissance, dommages à l'immeuble, ou utilisation non conforme du logement, vous entrez en procédure ordinaire. Les délais d'audience s'étendent alors à 8 à 14 mois, parfois davantage selon la charge du tribunal régional.
Dans les régions éloignées de Montréal ou Québec, les délais peuvent atteindre 18 à 20 mois. Les tribunaux périphériques ont moins de ressources et les dossiers s'accumulent.
Durée du jugement lui-même et délai de décision
Le jour de l'audience arrive enfin. L'audience elle-même dure rarement plus de 30 à 45 minutes, sauf si le cas est particulièrement complexe ou contesté.
Après l'audience, le juge peut rendre un jugement immédiatement (cas rare) ou prendre le dossier en délibéré. Si le dossier est mis en délibéré, le TAL dispose de 3 mois maximum pour rendre sa décision. En pratique, les jugements arrivent entre 2 et 8 semaines après l'audience.
L'homologation : un délai ignoré par beaucoup
Une fois le jugement d'expulsion obtenu, vous n'allez pas directement chez le huissier. Le jugement doit d'abord être homologué auprès de la Cour supérieure ou de la Cour du Québec, selon le contexte. Cette étape administrative ajoute 3 à 4 semaines.
Sans homologation, l'huissier ne peut pas procéder à l'expulsion physique. C'est une étape légale obligatoire que les propriétaires oublient souvent dans leur calcul de délai total.
L'exécution forcée : les dernières étapes
Une fois homologué, le jugement est remis à un huissier. L'huissier doit signifier un avis d'exécution au locataire au minimum 5 jours avant la date prévue pour l'expulsion. Ce délai de 5 jours est inviolable.
L'expulsion physique proprement dite (fermeture, changement de serrure, enlèvement des biens) prend généralement 1 à 2 jours.
Droit de purge : le locataire peut encore payer
Attention : jusqu'à l'expulsion physique, le locataire conserve le droit de purger, c'est-à-dire de payer l'intégralité de sa dette (loyers, frais de procédure, frais d'huissier, pénalités) pour arrêter l'expulsion. Même la veille de l'exécution, ce droit existe.
Beaucoup de dossiers s'arrêtent à ce stade. Le locataire trouve les fonds ou règle son problème, et l'expulsion est annulée. Cela explique pourquoi beaucoup de jugements d'expulsion ne mènent jamais à une expulsion réelle.
Résumé : délais totaux réalistes
Non-paiement de loyer (scénario le plus fréquent) :
- Mise en demeure à dépôt : 1 mois
- Dépôt à audience : 3 à 5 semaines
- Audience à décision : 2 à 8 semaines
- Homologation : 3 à 4 semaines
- Homologation à exécution : 1 à 2 semaines
- Total : 4 à 6 mois
Autres motifs (troubles, dommages) :
- Même première phase : 1 mois
- Dépôt à audience : 8 à 14 mois (parfois 18+)
- Reste identique
- Total : 10 à 18 mois (ou plus)
Recours et appel : rallonger les délais
Si le locataire conteste le jugement ou dépose une demande de révision, vous devez attendre que ces recours soient traités. Un appel en Cour du Québec prend généralement 6 à 12 mois supplémentaires.
Le locataire a 30 jours à compter du jugement pour déposer un appel. Si vous êtes en attente d'une expulsion depuis longtemps, un appel peut signifier 1 à 2 ans de plus.
Facteurs qui accélèrent ou ralentissent les délais
Certaines situations modifient ces timeframes :
Accélération :
- Dossier très simple (non-paiement clair, sans contestation)
- Demande acceptée sans audience (rare, mais possible)
- Région avec peu de charge au tribunal
- Absence de recours du locataire
Ralentissement :
- Dossier complexe (plusieurs motifs combinés)
- Locataire qui conteste activement
- Charge importante au tribunal régional
- Moratoires temporaires (ex : restrictions saisonnières)
- Recours ou appels du locataire
- Erreurs administratives ou manquements procéduraux
Points clés à retenir
Aucune expulsion n'est véritablement rapide. Même dans le meilleur scénario, comptez 4 mois minimum. La plupart des expulsions pour non-paiement s'étalent sur 4 à 6 mois. Les autres motifs d'expulsion peuvent prendre un an ou davantage.
Le système québécois donne volontairement du temps au locataire pour régulariser ou contester. C'est une protection légale. Cela signifie que vous devez planifier votre gestion locative en tenant compte de ces délais réalistes, notamment si vous dépendez des revenus locatifs pour des obligations financières.
Si vous envisagez une expulsion, consultez un avocat ou un notaire dès le début pour maîtriser chaque étape et les délais exacts qui s'appliquent à votre situation spécifique.
FAQ
Combien de temps s'écoule entre le jugement du TAL et l'expulsion physique ?
Entre 4 et 8 semaines environ. Après le jugement, il faut compter l'homologation (3-4 semaines), la signification de l'avis d'exécution (5 jours minimum), puis l'expulsion elle-même (1-2 jours). Pendant tout ce temps, le locataire conserve le droit de payer pour arrêter la procédure.
Peut-on faire expulser un locataire pour non-paiement en moins de 3 mois ?
Non, c'est légalement impossible. Vous devez attendre 3 semaines avant de servir la mise en demeure, puis compter 3 à 5 semaines jusqu'à l'audience (procédure accélérée). Minimum : 2 mois du premier impayé à l'audience. Ajouter 2-8 semaines pour la décision, puis l'homologation et l'exécution.
Quels sont les motifs d'expulsion les plus rapides à traiter au TAL ?
Le non-paiement de loyer bénéficie d'une procédure accélérée et reste le motif le plus rapide (4-6 mois total). Les troubles de jouissance, dommages ou utilisation non conforme suivent la procédure ordinaire et prennent 8 à 18 mois selon la charge du tribunal.
Un appel du jugement d'expulsion ralentit-il vraiment le calendrier ?
Oui, considérablement. Le locataire a 30 jours pour interjeter appel après le jugement. Un appel en Cour du Québec prend généralement 6 à 12 mois. Cela peut ajouter 1 à 2 ans au processus complet.
Le locataire peut-il arrêter une expulsion en payant juste avant l'exécution ?
Oui, le droit de purge existe jusqu'à l'expulsion physique. Même la veille du jour prévu, si le locataire paie intégralement sa dette (loyers, frais de procédure, frais d'huissier), l'expulsion peut être annulée ou suspendue.
Combien coûte le dépôt d'une demande d'expulsion au TAL ?
Entre 83 $ et 259 $ selon le type de demande (non-paiement, troubles, dommages, reprise, etc.). Ce coût est avancé par le propriétaire mais peut être réclamé au locataire si l'expulsion est accordée.
